Le « Macaron », le train qui a façonné le littoral varois
Article rédigé par l’Association Hyèroise pour le Transport Ferroviaire (AHTF) à partir de sources historiques et d’archives ferroviaires.
Quand le train reliait Toulon à Fréjus en longeant la Méditerranée
Pendant près de soixante ans, un petit train à voie métrique a accompagné le développement de notre littoral : le « Macaron », nom affectueux donné par les Varois à la ligne des Chemins de fer du Sud de la France reliant Toulon à Saint-Raphaël.
Aujourd’hui disparu, ce chemin de fer demeure l’une des plus remarquables aventures ferroviaires de Provence.
Un projet né pour désenclaver le littoral
À la fin du XIXe siècle, les communes du littoral varois étaient difficilement accessibles. Les routes étaient étroites, sinueuses et souvent impraticables en hiver. L’État décida alors de créer une ligne ferroviaire destinée à ouvrir le massif des Maures et à favoriser le développement économique et touristique de la côte.
La concession est accordée en 1885 à la Compagnie des Chemins de fer du Sud de la France. Le choix d’une voie métrique permet de réduire les coûts de construction et de s’adapter au relief particulièrement accidenté.
La ligne est ouverte progressivement :
- 1889 : Saint-Raphaël – Saint-Tropez ;
- 1890 : prolongement jusqu’à Hyères ;
- 1905 : prolongement jusqu’à Toulon.
Le « Macaron » est alors né dans sa configuration définitive.

Une ligne spectaculaire
Longue d’environ 110 kilomètres, la ligne desservait :
Toulon – Hyères – La Londe – Bormes-les-Mimosas – Le Lavandou – Cavalaire – Sainte-Maxime – Fréjus – Saint-Raphaël.
Le train longeait la mer, traversait les pinèdes, franchissait de nombreux vallons et empruntait plusieurs tunnels et ouvrages d’art.
À son apogée, il transportait :
- Les habitants du littoral ;
- Les produits agricoles ;
- Le liège et le bois des Maures ;
- Les premiers touristes de la Côte d’Azur.
Hyères, carrefour ferroviaire du littoral varois

La ville de Hyères a occupé une place particulière dans l’histoire du « Macaron ». Déjà desservie depuis 1875 par la ligne du P.L.M. reliant Toulon à Hyères, elle devient, à partir de 1890, l’un des principaux points d’articulation du réseau des Chemins de fer du Sud de la France. L’arrivée du train du littoral transforme alors la ville en véritable porte d’entrée vers le massif des Maures et la Côte d’Azur.
La gare du Sud, implantée à proximité du centre-ville, voit transiter voyageurs, marchandises agricoles, primeurs, fleurs et produits de la pêche. Elle contribue également à l’essor touristique de la station hyéroise, alors réputée pour son climat hivernal et fréquentée par une clientèle française et étrangère.
Pendant plusieurs décennies, Hyères est ainsi desservie par deux réseaux ferroviaires distincts : le P.L.M., assurant la liaison avec le réseau national, et le « Macaron », qui relie les communes du littoral jusqu’à Saint-Raphaël. Cette situation confère à la ville un rôle stratégique dans les déplacements et le développement économique du littoral varois.
Aujourd’hui encore, plusieurs emprises ferroviaires et bâtiments rappellent cette riche histoire ferroviaire, faisant de Hyères l’un des lieux de mémoire les plus emblématiques du train du littoral varois.
Des performances modernisées
Dans les années 1930, l’arrivée des autorails diesel Brissonneau et Lotz améliore considérablement les temps de parcours.
Le trajet complet Toulon – Saint-Raphaël est alors assuré en environ 2 h 40, une performance remarquable pour l’époque.
Les guerres et le déclin
Durant les deux guerres mondiales, la ligne joue un rôle stratégique important pour le transport des hommes et du matériel.
Les bombardements de 1944 endommagent gravement les infrastructures, notamment dans le secteur de Toulon.
Après la guerre, la concurrence de l’automobile, le développement des autocars et le coût des réparations conduisent à la fermeture définitive de la ligne le 2 janvier 1948.
Un patrimoine toujours présent
Près de quatre-vingts ans après sa disparition, le « Macaron » reste profondément inscrit dans le paysage varois.
De nombreux vestiges subsistent :
- Anciennes gares ;
- Ponts et murs de soutènement ;
- Plateformes ferroviaires transformées en voies vertes ;
- Emprises encore parfaitement visibles sur plusieurs secteurs.

Préserver la mémoire ferroviaire
Depuis plus de trente-cinq ans, l’Association Hyéroise pour le Transport Ferroviaire (AHTF) œuvre pour la préservation et la valorisation du patrimoine ferroviaire local, tout en défendant le développement d’une mobilité durable et l’amélioration des transports collectifs sur notre territoire.
Le souvenir du « Macaron » rappelle combien le chemin de fer a contribué à façonner l’identité et le développement du littoral varois.
Vous possédez des photographies, cartes postales ou documents relatifs au « Macaron » ? L’AHTF serait heureuse de recueillir vos témoignages et de contribuer à leur préservation.
Plus d’informations :
Sources et bibliographie
Ouvrages de référence
- José Banaudo, Le Train du Littoral, Les Éditions du Cabri.
- José Banaudo, Le Siècle du Train des Pignes, Les Éditions du Cabri.
- Maurice Mistre, Les Chemins de fer de Provence.
- Georges Mathieu, Le Var des chemins de fer.
Archives et fonds documentaires
- Archives départementales du Var.
- Archives municipales de Hyères.
- Archives municipales de Toulon.
- Archives municipales de Saint-Raphaël.
- Fonds iconographiques de la Bibliothèque nationale de France (Gallica).
- Cartes de l’Institut Géographique National (IGN).
- Cartes d’État-Major du XIXe siècle.
- Cartes postales anciennes et collections privées.
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